SCOUTISME

 

Cent ans de Scoutisme en France... et combien à Bossuet ?

Plusieurs livres ont été publiés en 2007. Partout en France et dans le monde, des manifestations ont eu lieu.

Ce centenaire n’est pas passé inaperçu.

Autant de raisons pour les anciens scouts de Bossuet de se souvenir de leurs sorties, camps, B.A. , raids, chants, feux de camp, explorations, badges, totems et autres exercices physiques et moraux constitutifs de la « scout-attitude ».

L’aventure scoute à Bossuet est relatée dans les bulletins « Les Échos de l’École Bossuet ». Elle commence par un acte héroïque rapporté dans le n° 29 des « Échos », daté de mai 1946. La publication avait été interrompue en 1944 ! 

Le « héros » est Antoine Roh (photo à gauche). « Membre de la troupe scoute de Bossuet qui lui doit sa flamme, il apprend le 25 juillet 1944 qu’il est reçu à son examen de mathématiques. Sans plus tarder, il s’engage dans l’A.S (l’Armée Secrète - ndlr) où il est choisi comme agent de liaison ; il exercera ses fonctions quelques jours à peine. Le 29 juillet, Neuvic est cerné par les Allemands. « Roh, lui dit son capitaine, allez voir ce qui se passe. » Il part à bicyclette, tombe sur un poste ennemi, est fait prisonnier. On le fouille, on l’interroge, on le torture… : « Inutile d’insister je ne dirai pas autre chose. » … Trois jours plus tard on apprenait qu’il avait été fusillé lâchement, avec cinq camarades, au fond d’un vallon…. Si je meurs avait-il dit, vous mettrez sur mon cercueil ma croix de scout »… La paix revenue, le chroniqueur de ce même n° 29 des « Échos » commente la 1ère rentrée d’après-guerre, le 1er octobre 1945, d’une phrase qui encore aujourd’hui garde tout son sens : « La paix ! elle n’est nulle part dans un monde qui a perdu le sens de l’équilibre… »

Mais comment se vivait le scoutisme à Bossuet quand l’École avait une « troupe » ? Le scoutisme à Bossuet se vivait dans la 5ème Brive, c’est-à-dire la 5ème troupe scoute de la ville de Brive. Elle avait ses couleurs – foulard rouge bordé de blanc – et ses trois patrouilles traditionnelles (Panthères, Aigles, Chamois) auxquelles s’est ajoutée vers 1951 la patrouille des Castors.

Avant la mise en place et la généralisation des activités parascolaires au début des années 70 : naissance d’un club d’art dramatique, journal « Contact » « rédigé et polycopié par une équipe d ‘élèves, soutenue par une nuée de reporters dégourdis… » (« Les Echos », n° 50 de février 70), le scoutisme (comme la JEC) a été le seul moyen pour les élèves de Bossuet de développer et de forger leur personnalité - à l’exception notable du football avec la célèbre équipe de l’Alouette sportive, et de quelques participations à des compétitions d’athlétisme - L’activité scoute faisait l’objet de commentaires et de comptes rendus dans « Les Échos » qui étaient à la fois la chronique de l’École et le journal de l’Association des Anciens. Mais revenons au n° 29 des « Échos ». Voici comment était présenté « le local » de la troupe scoute de Bossuet : « …vous croiriez entrer dans la demeure de l’anthropopithèque … Là en effet les fidèles de B.P. (Baden Powell, fondateur du mouvement)… ont élu domicile et s’essaient à vivre de leur mieux la formule « être prêt »…. La scout-maîtrise croit pouvoir avancer que, lorsque nos petits scouts auront atteint la taille de leurs bâtons, ils en auront aussi la solidité, tant du point de vue physique que moral ».

En 1949 (n°32), un article (non signé comme le précédent) raconte la vie scoute à l’École : « après le camp d’été du Lioran, fait avec la 2ème Brive, sous la direction de Jacques Goutines, les trois patrouilles (Aigles, Chamois, Panthères) ont continué leurs activités dès la rentrée scolaire. Certes l’absence de chef de troupe et d’assistants s’est fait sentir, mais elle a fourni aux chefs de patrouilles, Michel Ortal, André Fontanel, Maurice Veaux, l’occasion d’une plus grande initiative dans la vie de leurs patrouilles… » 

En 1951 (n° 34), quelques lignes sont consacrées à l’activité scoute. « La troupe scoute de Bossuet s’est vue augmentée de 12 nouvelles recrues. Quatre patrouilles ont pu être ainsi formées, encadrées par les C.P (chefs de patrouille) Jacques Lamit, Pierre Barbat, Jean-Michel Boyer et Jacques Durand…. L’objectif principal de toute l’année reste le grand camp de juillet que, pour la première fois, la 5ème va faire seule, avec Jean-Noël Dunoyer de Segonzac comme chef de troupe. La côte sauvage de la Bretagne du nord, au Bois du Meurtel, à Plèvenon par Pléhérel Côtes du Nord, sera le cadre magnifique de ce camp, qui donnera à tous les scouts de Bossuet l’occasion d’utiliser leurs connaissances techniques et surtout de faire plus amplement connaissance avec la vie dure et vivifiante du camp scout. »

En 1952 (n°35), André Fontanel, assistant du chef de troupe Jean-Noël Dunoyer de Segonzac, signe un long compte rendu de 3 pages du camp scout en Bretagne dont voici deux extraits : « …Certain soir, tandis que s’achève tranquillement le dîner, la corne d’alerte déchire soudain le silence de ses mugissements brefs ou longs : Attention ! Attention ! Alerte ! Patrouillards à vos postes ! Cinq minutes après, les scouts sont au pied du mât, sac au dos, prêts à partir ; on jubile !… Suit une minutieuse inspection : poids du sac, contenu, linge, pharmacie, tenue, chaussures, etc… Hélas ! il s’agit d’une fausse alerte ; les chefs ont seulement voulu savoir si l’on était prêt… Il faut croire qu’on l’est, car en pleine nuit, de nouveau le signal d’alerte fait sursauter les C.P et jaillir les scouts de leur sac de couchage. Cartes d’Etat-Major et boussoles en main, chaque patrouille part dans la direction que lui indique son message… Et le camp est fini… Les chefs ont fait disparaître toute trace de notre passage…. Joie intense de l’effort et du risque vécus ensemble, où chacun tient sa place, se préparant à mieux servir ; que de richesses emportées ! » 

En 1953 (n°36), un anonyme livre un véritable journal de bord du camp en Corse, camp volant, par étapes : en train de Bastia à Corte, à pied de Corte à Porto, en autocar de Porto à Ajaccio ; 3 jours seulement de camp fixe à Calacuccia. « … La mer a souvent notre visite –à Porto- mais il est des heures où elle se fait sauvage, comme ce matin où l’on annonce soudain au camp qu’un jeune homme, seul nageur parti témérairement malgré les conseils, n’arrive pas à regagner le rivage. Il faut nouer bout à bout nos lassos et ceux des Eclaireurs qui campent tout près, les porter par-dessus les rochers au maître-nageur qui plonge dans les vagues furieuses, et tirer pour ramener les deux hommes au rivage. Notre chef, André Fontanel, se souviendra longtemps sans doute de la part prise au sauvetage de l’inconnu : une épaule démise en sautant sur les rochers glissants dans sa hâte à faire passer les lassos… »

En 1954 (n°37), plus de deux pages sont consacrées au camp scout à Dabo, en Moselle. « …Un courant spontané de sympathie, toujours plus fort, unit les scouts et la famille qui les héberge. De l’hospitalité généreuse agrémentée de mille délicatesses allant de la soupe chaude aux dégustations du fameux kirsch, comment les remercier ? De tant de cordialité franche, les scouts gardent un impérissable souvenir… Tous ces souvenirs, combien souvent nous les avons évoqués, au retour des vacances surtout ! Dès octobre, la troupe reprenait ses activités avec un nombre imposant de novices… Et tandis qu’à Lyon, Jacques Lamit, ancien chef, fait son P.C.B, s’initie à la médecine et s’ouvre aux problèmes des étudiants nord-africains, ici avec un nouveau chef de troupe, Jean-Paul Delbos, la vie scoute se poursuit dans la joie. » 

 

L’activité scoute s’est maintenue à Bossuet pendant les années qui ont suivi, comme l’attestent les bordereaux de paiement des cotisations conservés par Jacques Goutines qui fut Commissaire de district de 1953 à 1968. Les quelques fiches jaunies contiennent les noms des scouts de la 5ème Brive de 1958 et des années 1962 et 1963. La liste est longue et pourtant seuls quelques-uns de ces scouts sont inscrits comme adhérents dans notre annuaire des Anciens de Bossuet !…. Parmi eux, Jean-Noël Dunoyer de Segonzac (cité plus haut) nous a fait le plaisir de nous envoyer une dizaine de photos du camp de St Jacques des Blats (Cantal) en juillet 1948 ; du camp de Lampy (Treignac) en juillet 1950 : trois tentes sous les sapins ou encore le scout faisant sa toilette matinale dans les eaux du lac… difficile de trouver illustrations plus emblématiques ! En juillet 2007, un autre ancien scout de la 5ème Brive, Dominique-Henri Bernay, écrit sur le site internet du Centenaire du scoutisme un message en forme d’appel : « En 1981, à Orange, je me mets en quête du scoutisme local… » D.H Bernay trouve une troupe qui accepte son fils Olivier, à condition que lui-même prenne la responsabilité de chef de ce groupe et au bout de 2 ans le petit noyau de 8 scouts est devenu un groupe de 100 !… Après une période de grave crise, qui a été largement commentée dans les années 70 / 80, le temps des anathèmes semble aujourd’hui dépassé ; l’heure est à la réconciliation. La perspective et la préparation du centenaire ont accentué cette tendance à l’union ; les scouts de France ont retrouvé leur voie ; ils reviennent à leurs fondamentaux.

 

Jean-Paul Delbos

Une partie de la troupe scoute au camp d'Argelès en Août 1956.

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