Monseigneur Breton

 

 

A Toulouse, samedi 21 mars 2009, si la réunion décentralisée avait pu avoir lieu à l’Institut catholique, le Recteur Mgr Pierre DEBERGER nous aurait retracé l’histoire de l’Institut catholique de Toulouse depuis Mgr Breton (1908-1931) jusqu’à aujourd’hui. Pourquoi Mgr BRETON ? – Les archives de Bossuet nous fournissent l’explication.

A titre d’information pour tous les anciens de notre Etablissement, voici une brève note biographique qui situera la place et le rôle de Mgr Breton, d’abord au Petit-Séminaire de Brive, puis à Bossuet-Lacabanne et ensuite à l’Institut catholique de Toulouse.

Monseigneur Jean-Germain Breton est né à Darnetz, modeste paroisse proche d’Egletons (Corrèze), le 28 mai 1852. Ordonné prêtre en 1875, il fut nommé professeur au Petit-Séminaire de Brive en 1875 et Supérieur en 1883 ; il le resta jusqu’en 1908, année où il devint Recteur de l’Institut catholique de Toulouse. C’est à Toulouse qu’il mourut en 1931 ; il avait 79 ans. Il repose au cimetière de Darnetz.

Extraits du chapitre consacré à Mgr Breton par l’Abbé Louis Delcrosdans son livre « La chanson de nos pierres » - 1937 - (histoire de l’Ecole Bossuet, depuis le Petit- Séminaire de Brive jusqu’à Bossuet-Brive en passant par Bossuet-Lacabanne) :

Au séminaire de Tulle (à partir de 1869), il eut comme livre de chevet les Sermons de Bossuet…

Pendant quelque temps, au Séminaire de Tulle, il se débattit contre la maladie… et puis il parut à tous que l’abbé Breton était perdu. Un soir le médecin déclara que le malade ne passerait pas la nuit. On administra l’Extrême-Onction et… le lendemain le malade… était guéri. Dans la suite, le rescapé aimait à raconter l’histoire de sa guérison qu’il attribuait au Sacrement des malades… Peut-être faut-il voir là l’explication de la réponse d’un élève du Petit Séminaire de Brive, interrogé sur la définition de l’Extrême-Onction : « c’est le remède de Monsieur le Supérieur ! »

Le 18 décembre 1875, il était ordonné prêtre et définitivement désigné pour Brive. Il y devint professeur de troisième puis de seconde, pour la plus grande joie des élèves qui admiraient un maître sous la conduite duquel on travaillait beaucoup sans s’en apercevoir.

M. Breton arriva au supériorat (1883- 84) dans des circonstances assez difficiles. Une crise de discipline sévissait sur la maison… Le jeune Supérieur, 32 ans… n’hésita pas au début à faire sentir sa main de fer… Ses efforts furent vite couronnés de succès… Les anciens ne sont pas sans se rappeler que, lorsqu’il faisait une apparition dans la salle d’étude proche de sa chambre, un mot circulait d’une rangée à l’autre : « voilà Pezon ! » Les élèves rendaient ainsi hommage à la fermeté du maître, car Pezon était le plus célèbre des dompteurs de l’époque.

Il essayait de donner à ses jeunes auditeurs le sentiment très vif du rôle qu’ils auraient à remplir plus tard. Il encourageait toutes les initiatives dans ce sens : sous lui, le Petit-Séminaire eut sa Conférence de Saint-Vincent de Paul qui permettait aux élèves des hautes classes de s’introduire dans les familles pauvres, et son Cercle Jeanne-d’Arc où se discutaient les questions de l’apostolat moderne… Il n’hésita pas à inviter Marc Sangnier pour une conférence aux élèves ; on était encore au début du Sillon.

C’est à cette époque que les abbés Bouyssonie et Bardon commencèrent leurs fouilles préhistoriques dans la vallée de Planchetorte, et le Supérieur autorisait les élèves à participer aux travaux.

Extrêmement charitable, M. Breton donnait toujours… Quant aux sommes qui lui furent soutirées pour des usages qui n’avaient rien à voir avec la nécessité, il est difficile de s’en faire une idée…

La notoriété de M. Breton passait les limites du diocèse : l’orateur, l’écrivain, le penseur étaient peu à peu appréciés partout, sans que la moindre démarche tapageuse se fût donné cours… On mettait son nom en avant pour l’épiscopat ; et de fait il fut proposé pour neuf diocèses.

La dernière fois, en 1906, c’était pour Saint-Flour… A la dernière minute M. Breton ne fut pas élu… La Providence avait des vues différentes. Elle voulait d’abord que M. Breton fût supérieur de Brive aux jours mauvais de la Séparation et pût prolonger l’œuvre du Petit-Séminaire par la création de l’Ecole Bossuet. C’est en effet sous ce nom que le Petit-Séminaire de Brive quitte l’Hôtel Labenche en 1906 pour s’installer en 1907 à Lacabanne, commune de Cublac, à une trentaine de km de Brive. M. Breton en est le 1er Supérieur.

En 1908, à la mort de l’évêque de Tulle, Mgr Dénéchau, M. Breton est nommé vicaire capitulaire pour l’administration du diocèse : c’est là qu’au mois de juin le choix des évêques du Sud-ouest vint le prendre pour l’élever à la charge de recteur de l’Institut catholique de Toulouse. [L’abbé Amédée Bouyssonie lui succèdera, pour peu de temps, comme Supérieur de Bossuet-Lacabanne.]

Le 9 juillet 1908, le Saint-Siège ratifie l’élection de M. Breton qui peu après est promu prélat de Sa Sainteté. Il deviendra désormais pour tous Monseigneur Breton.

Il crée l’Association des Amis de l’Institut ; il organise les facultés de droit canonique et de philosophie scolastique ; il fonde l’Ecole d’agriculture de Purpan ; en 1926 il met sur pied un institut de sciences sociales. La maison de la rue de la Fonderie à Toulouse devient rapidement un centre d’activité apostolique ; elle reçoit dans ses murs l’Association des professeurs catholiques et l’Action sociale de la femme ; en 1921, la Semaine sociale de France y tient ses Assises ; en 1924 ce fut le Congrès des juristes catholiques.

Apparemment, Mgr Breton vivait à l’Institut catholique dans une tour d’ivoire. Pourtant il s’intéressait à tout et à tous… Au début de chaque année scolaire il exigeait que tous les élèves vinssent se présenter à lui ; il les accueillait avec beaucoup de bienveillance et de simplicité. Pour les élèves venus du diocèse de Tulle… sa porte était toujours ouverte…

Quelqu’absorbantes que fussent ses occupations, Mgr Breton ne négligeait pas le travail, personnel : il lisait, il écrivait, il prêchait… Parmi ses écrits, l’article sur Le Clergé et la Politique fit quelque bruit. En 1922 il publie La Vie de Mère Marie-Eugénie de Jésus, fondatrice des religieuses de l’Assomption ; en 1931 année de sa mort, est éditée une œuvre posthume sur Le Pape de Joseph de Maistre. Mgr Breton est également l’auteur d’une premier ouvrage (1897) intitulé Un évêque d’autrefois, Mgr Berteaud, évêque de Tulle.

Si Mgr Breton n’a pas écrit davantage c’est qu’il a beaucoup parlé : discours, conférences, retraites, à Toulouse, au Havre, à Nantes, à Boulogne, à Vichy, à Paris en 1923 au Congrès Eucharistique.

Se tenant sans cesse à l’écoute du monde moderne, il s’efforçait de percevoir les vibrations de l’âme contemporaine pour en saisir le rythme ; il s’intéressait passionnément à la question sociale… Il comprenait parfaitement que la question qui agite les peuples, c’est avant tout la lutte de ceux qui n’ont rien et de ceux qui ont trop... Pour lui, les prescriptions de l’Evangile s’adaptent aux besoins de chaque siècle… le christianisme n’a jamais tenté de changer le monde par un bouleversement subit, qui relève de l’utopie, mais s’est condamné à vaincre lentement, par une action patiente de tous les jours…

 

Jean-Paul Delbos

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