DU PETIT SEMINAIRE À L’ÉCOLE BOSSUET :

petit historique d’une institution d’enseignement catholique de Brive

Aurélie VERLHAC (2000) avait entrepris de rédiger un mémoire sur l’histoire de l’Ecole Bossuet dans le cadre de sa formation universitaire. Ayant dû interrompre son travail, elle nous a livré le résumé ci-après. 

 

 

Lorsqu’elle est créée, l’Institution ne s’appelle pas encore Bossuet. En 1825 on parle du « Petit Séminaire de Brive », établissement d’enseignement secondaire ecclésiastique chargé de former des jeunes gens à la prêtrise. L’initiative de sa création revient à Antoine Duchassaing la Sarrières, curé de la paroisse Saint Martin, aidé dans son entreprise par l’évêque de Tulle, Mgr Sagey. 


Dans un premier temps, les classes du Petit Séminaire s’installent dans une partie de l’ancien couvent des Clarisses mais ce local de fortune devient très vite insuffisant. C’est pourquoi, le 30 septembre 1829 Mgr Mailher de Vachères, nouvel évêque de Tulle, achète la maison de Labenche, pour y placer l’établissement. Quant aux bâtiments de l’ancien couvent, ils sont presque aussitôt revendus. 

 

La maison de Labenche

Très vite, le Petit Séminaire obtient un renom de centre intellectuel et de parfaite éducation, justifié par de multiples succès. Il devient une école prospère où le nombre d’élèves augmente chaque année. Mais si l’Institution a été créée pour pallier le manque d’ecclésiastiques dans le diocèse, elle préfère pourtant très rapidement former ses jeunes gens à des carrières libérales. Ainsi, chaque année, la moyenne de ses élèves entrant au Grand Séminaire se limite à un ou deux. Car, d’après ses supérieurs successifs, si le Petit Séminaire se cantonnait à son rôle originel, il n’aurait aucun élève. En réalité, le but avoué de l’évêché qui le dirige est de maintenir un enseignement religieux fort dans une région largement déchristianisée reflétant pour lui une société en perte de repères. 

AG 2012 - Retour aux sources avec la visite du Musée Labenche sur le thème " Des origines au petit séminaire"

Cependant, la législation du XIXème siècle accorde des privilèges financiers aux petits séminaires car en formant des futurs clercs, ils sont reconnus d’utilité publique. L’administration publique rappelle alors constamment à l’ordre le Petit Séminaire de Brive puisqu’en ne faisant pas de la formation des ecclésiastiques une priorité, il s’écarte de ses prérogatives et n’a donc plus la légitimité d’être aidé financièrement par l’Etat. En outre, il agit en concurrent direct de l’enseignement public qui lui seul a par nature le droit de préparer aux carrières libérales. Car il faut bien voir que l’enjeu politique et social majeur du XIXe siècle gravite autour de cette légitimité ou non de l’Eglise à enseigner. Le Petit Séminaire de Brive s’obstinant dans ses irrégularités, il est dispersé au lendemain de la Séparation des Eglises et de l’Etat en 1905. Les locaux du Petit Séminaire appartenant à la mense diocésaine sont alors attribués en 1906 au Bureau de Bienfaisance pour le logement des familles nécessiteuses, avant que la ville ne les rachète en 1908.

 

Lacabanne à Cublac

 

Mais le Petit Séminaire a duré 82 ans à Brive et « ne veut pas mourir », selon son supérieur de l’époque Mgr Breton. C’est pourquoi une société anonyme se forme autour de lui afin de lui chercher de nouveaux locaux d’accueil. Ainsi en 1907 le Petit Séminaire est transféré à Lacabanne, propriété achetée dans la paroisse de Cublac et qui abritait auparavant une communauté de frères maristes. L’école ecclésiastique se transforme en établissement d’enseignement secondaire libre prenant alors le nom de « Bossuet » en hommage à Mgr Breton, fervent admirateur de l’écrivain Jacques Bénigne Bossuet.

 

La loi de Séparation des Eglises et de l’Etat n’est finalement pas une si mauvaise chose pour l’Institution puisqu’elle entre dans la légalité en devenant officiellement ce qu’elle était déjà dans le fond : un établissement d’enseignement privé complémentaire à celui de l’Etat.

A Cublac, plongés en pleine campagne, les élèves doivent apprendre à vivre d’une toute autre façon. Les moyens de transport étant fort peu développés, ils sont alors tous internes (ce qui n’était pas le cas au temps du Petit Séminaire) et rentrent très rarement chez eux. Bossuet devient ainsi une sorte de communauté monacale installée loin des sociabilités de la ville et dont l’ambition est de vivre en harmonie avec la Nature, son silence et sa beauté favorisant, pour ses élèves, une meilleure communion avec Dieu. Mais, très vite, on se rend compte que l’Institution ne peut continuer son œuvre très longtemps là-bas : chaque année les effectifs baissent un peu plus jusqu’à un seuil critique en 1932 : c’est l’éloignement de l’école qui est justement remis en cause par les familles. Encore une fois, pour ne pas mourir, il faut partir. 

Lacabanne : une sorte de communauté monacale installée loin de la ville...

Bossuet revient dans sa ville natale

 

Grâce aux dons des anciens élèves et familles notables de Brive, Bossuet revient dans sa ville natale trouvant refuge dans des locaux neufs, pour la première fois de son histoire. Mgr Castel, évêque de Tulle, Mgr Giray, évêque de Cahors et Mgr Solages, recteur de l’Institution Catholique de Toulouse inaugurent officiellement les lieux le 17 septembre 1933.

 

Les effectifs grimpent et les externes deviennent presque aussi nombreux que les internes. C’est un retour aux sources et à la gloire du temps du Petit Séminaire. Au cours des années cinquante, des bouleversements apparaissent. Ainsi, malgré les réticences de l’évêque, les filles prennent place sur les bancs de l’école aux côtés des garçons. La discipline - très rude depuis toujours - bascule après Mai 68, ces événements donnant naissance à un nouveau règlement beaucoup moins sévère. Bientôt, l’obligation religieuse laisse place au volontarisme des élèves. Les rangs des professeurs et supérieurs, autrefois tous prêtres, se laïcisent progressivement car l’évêché manque beaucoup trop d’ecclésiastiques et préfère les garder pour ses paroisses.

Depuis les années 1970, Bossuet a élargi son enseignement en proposant un cursus complet allant de la maternelle à la terminale. Et si aujourd’hui elle dépend toujours en partie de l’évêché et reste une école catholique revendiquée, elle a su ouvrir ses portes aux enfants de confessions religieuses différentes (ou sans confession), phénomène qui n’aurait pas pu se concevoir du temps du Petit Séminaire et des premières heures de Bossuet.

 

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