Les Frères Bouyssonie

 

Le 3 août 1908, les abbés Jean et Amédée Bouyssonie, deux jeunes enseignants férus de paléontologie, mettent au jour le squelette du premier Néandertalien découvert en France. C’est l’homme de La Chapelle-aux-Saints, commune située à 25 kilomètres au sud-est de Brive-la-Gaillarde (Corrèze) et de leur école : Bossuet.

 

 Lire le document intégral des Bulletins et mémoires de la Société d’Anthropologie de Paris consacré à la découverte des Frères Bouyssonie. 

 

 

 

Opération « BOUYSSONIE - 2008 »

 

Un centenaire célébré sous le thème

« Chercheurs de lumière dans les grottes obscures »

 

Lancée fin 2006, l’opération a entraîné beaucoup de recherches. Le projet s'est concrétisé sous cinq formes :

 

 1.  La plaquette (avec photos) vendue à l’occasion de l’assemblée générale du 11 octobre 2008.

 2.  Une plaque commémorative apposée sur la maison natale des abbés Bouyssonie, rue Toulzac à Brive, en collaboration avec la mairie.

 3.  Une intervention de deux chercheurs qui ont donné une conférence à Bossuet sur le prolongement tant scientifique que philosophique et religieux de la découverte.

 4.  Participation aux journées commémoratives organisées à La Chapelle-aux-Saints.

 5.  Rédaction d’un article pour la revue de la Légion d’honneur, « La Cohorte ».

     

Cette opération se voulait avant tout un hommage aux deux abbés, anciens professeurs à Bossuet, mais elle ne se résumait pas à un retour vers le passé, fût-il glorieux.

A la différence d’autres instances qui mettront en lumière la valeur scientifique de la découverte de 1908, notre Association des Anciens s’est attachée à montrer la qualité des hommes qui ont fait la découverte. Des hommes qui avaient 30 ans quand ils « cherchaient » … convaincus qu’ils allaient « trouver » ! Message d’espoir… Message pour les jeunes générations !...

 

En savoir plus sur l'AG 2008

 

Acheter "Chercheurs de Lumière dans les grottes obscures" Pour acquérir l’ouvrage commémoratif du centenaire de la découverte.

ENVOYER un CHÈQUE DE 12€ (port compris) en précisant vos coordonnées postales à l’adresse suivante :

Association des Anciens de l’Ensemble scolaire Edmond Michelet 
École Bossuet 
11 rue Bossuet - BP 559 
19107 Brive Cedex

Delcampe.fr

(Quarante ans après... Chanoine Yves Boneval)

Le 3 août 1958, un hommage solennel est rendu aux frères Bouyssonie pour le cinquantenaire de la découverte de l'"Homme de la Chapelle-aux-Saints".

Ci-dessus on voit les trois frères : Paul, Amédée et Jean, alors âgés de 71, 91 et 81 ans, devant l'entrée de la "Bouffia Bonneval" où une plaque de marbre vient d'être scellée pour rappeler leur sensationnelle découverte.

Au cours de la cérémonie, le célèbre Abbé Breuil, un des pionniers de la Préhistoire, s'entretient avec M. Edmond Michelet, ministre de la Justice devant Mgr Amédée Bouyssonie.

(Quarante ans après... Chanoine Yves Boneval)

(Quarante ans après... Chanoine Yves Boneval)

Le 27 décembre 1960, M. Jean Bouyssonie est fêté à l'école à l'occasion de sa promotion au grade de Commandeur du Mérite National. 

Me Paul Moissinac-Massénat, président des Anciens Elèves, lui exprime la joie et les félicitations de tous pour cette distinction.

 

 

Pourquoi prenons-nous comme point de départ la notion de « fidélité » ? Nous pourrions évoquer la fidélité des abbés Amédée et Jean Bouyssonie - respectivement né en 1867 et 1877 - à l’École Bossuet, où ils sont restés fidèles à leur poste de professeur de philosophie et de science naturelle toute leur vie. Il s’agit davantage de rendre compte de leur fidélité à un événement, la découverte, en août 1908 d’un squelette, presque complet, d’homme de Neandertal, l’Homme de la Chapelle-aux-Saints. Depuis l’invention de la préhistoire autour de 1859, ceux qui parmi les préhistoriens se reconnaissent catholiques portent un regard bien particulier sur les vestiges archéologiques, les considérant bien souvent comme une des formes de la Révélation chrétienne. Persuadés que la sortie de terre de l’Homme de la Chapelle-aux-Saints est marquée par la Providence ? Ils s’engagent à ne pas se dérober face à la mission qu’ils poursuivent de témoigner de cette découverte dans les milieux catholiques, encore largement réfractaires à reconsidérer le récit des origines. Ils tâchent de bâtir une cohérence entre deux régimes de vérité bien distincts, la foi catholique et la préhistoire. La lecture de leurs archives offre un précieux témoignage du dialogue intérieur - sans cesse remis sur le métier - qui s’établit à partir des données de la foi et des données de l’archéologie.

 

Évoquons d’abord le contexte qui a rendu possible l’émergence d’une nouvelle génération de préhistoriens catholiques appelée à connaître le succès que l’on sait en France au début du XXe siècle. Les préhistoriens catholiques (Breuil, Bouyssonie, Obermaier, Teilhard) qui débutent leurs travaux dans la première décennie du XXe siècle acceptent l’évolutionnisme comme une méthode de travail incontournable. Cette nouvelle génération désire avant tout manifester son professionnalisme et son impartialité. La communauté scientifique française se rallie majoritairement à l’évolutionnisme autour de 1880, mais les scientifiques catholiques y viennent plus tardivement, si l’on excepte quelques figures comme Albert Gaudry et le Père dominicain Dalmace Leroy.

 

Pour expliquer la pleine adhésion de cette génération à l’évolutionnisme finaliste et spiritualiste, nous devons évoquer l’influence du courant qui défend à la fin du XIXe siècle l’apologétique indirecte de la foi catholique. Les tenants de ce mouvement minoritaire – comme Mgr d’Hulst, recteur de l’Institut catholique de Paris – souhaitent rompre avec un concordisme encore majoritaire, qui tente de justifier une lecture littérale de la Bible au regard des données scientifiques. Ils souhaitent adopter les codes qui constituent la légitimité moderne en faisant du respect de la neutralité scientifique la preuve vivante de la bonne foi catholique qui ne craindrait pas la modernité scientifique. L’apologétique indirecte vise à créer les conditions d’une science faite par les catholiques et reconnue à l’extérieur du monde catholique. L’un des professeurs de Jean Bouyssonie au Séminaire Saint-Sulpice compte parmi les plus actifs défenseurs de ce courant. L’abbé Jean Guibert oriente en effet le jeune Jean Bouyssonie, et celui qui partage sa chambre, Henri Breuil, vers l’étude de la préhistoire. En suivant leur formation à Paris plutôt qu’au Grand Séminaire de Tulle, les abbés Bouyssonie ont accès à une culture scientifique approfondie qui influence la manière dont ils réagissent lors de la découverte du squelette de l’Homme de la Chapelle-aux-Saints.

 

Dans leur entourage proche, on les invite à détruire un squelette peu compatible avec le récit biblique. Au lieu de cela, ils envoient les vestiges au paléontologue le plus expert en la matière, Marcellin Boule du Muséum d’Histoire Naturelle de Paris, et publient un article dans L’Anthropologie pour rendre compte de la découverte, selon les canons scientifiques d’usage. Jean Bouyssonie est nommé correspondant du Muséum ; il obtient le financement de ses fouilles et devient un spécialiste reconnu de l’étude des industries lithiques. On lui doit la définition et la dénomination de types nouveaux, la diffusion de méthodes nouvelles, comme l’utilisation des premières statistiques ou études comparatives. Amédée Bouyssonie s’intéresse quant à lui davantage aux implications religieuses de leur découverte.

 

La presse nationale et locale s’empare de la découverte et le journal anticlérical La lanterne ironise sur ces prêtres qui agissent contre leur camp. À la lecture de leurs correspondances, nous constatons que de nombreux catholiques pensent la même chose. Citons un exemple issu des archives, une lettre envoyée par Claude Bouvier à Georges Ardant (deux anciens du séminaire Saint-Sulpice) le 13 sept 1909 : J’ai « rencontré Bouyssonie à la sortie du congrès de Nancy. Des « hommes de doctrine » l’avaient regardé de travers : on ne s’occupe guère de paléontologie sans avoir l’âme teintée de modernisme. » La crise dite du modernisme catholique touche à partir de 1907 les exégètes et intellectuels catholiques accusés de mettre en doute certaines assertions traditionnelles de la Bible. La crise est longue et généralisée même localement, elle connaît ses derniers développements dans les années 1950. Comme l’archéologie préhistorique ne permet plus une lecture littérale de la Genèse, les préhistoriens passent pour des audacieux qui fragilisent l’Église en donnant des arguments aux athées. Les abbés Bouyssonie, lecteurs de La Démocratie et du Petit Démocrate de Limoges, nourrissent de plus quelques amitiés avec des démocrates chrétiens ce qui accentue le soupçon de modernisme. Quelques mois après leur découverte, un texte de la Commission biblique réaffirmant avec quelques nuances le caractère historique des trois premiers chapitres de la Genèse est approuvé par Pie X.

 

Les abbés Bouyssonie se font un devoir de convertir leurs coreligionnaires à la préhistoire mais le contexte n’est pas favorable. Leur découverte leur fournit cependant plusieurs occasions de s’exprimer et quelques acteurs de la crise moderniste, comme l’abbé Henri Brémond, jugent leurs interventions courageuses. Soulignons que le point de gravité de l’engagement de cette génération de préhistoriens pour le catholicisme se déplace par rapport à la génération précédente vers l’intérieur même du monde catholique. Au XIXe siècle, l’enjeu était de défendre la religion dans chaque discipline scientifique en établissant des pare-feux. L’enjeu contemporain est maintenant de faire, comme ils le disent parfois, un travail de « propagande » visant à faire accepter la préhistoire dans leur propre communauté religieuse. Cette génération et la suivante nourrissent des liens d’interconnaissance très fort (l’abbé Breuil, le Comte Henri Bégouën, le Père Teilhard, Hugo Obermier, le Père Charles en Belgique, Miss Dorothy Garrod en Angleterre, le Père Bergounioux un peu plus tard). Les abbés Bouyssonie ne sont pas isolés, ils sont en liens très réguliers avec l’abbé Breuil et participent à des entreprises collectives, citons par exemple des démarches visant à mettre en garde les milieux romains contre toute condamnation de la préhistoire et de l’évolution en 1925, suite à la disgrâce du Père Teilhard. Les autorités ecclésiales s’abstiennent de prendre position sur la question de l’évolution jusqu’en 1950, tout en inquiétant quelques auteurs (le Père Dalmace Leroy, le chanoine Henry de Dorlodot ou le Père Teilhard). Au fil des années, on lit toujours dans les correspondances des craintes de condamnation et des silences que l’on s’impose. Étant donné leur charge pastorale, les prêtres préhistoriens se retrouvent en première ligne pour répondre aux inquiétudes d’une minorité grandissante de catholiques. Amédée Bouyssonie tâche pendant des années d’obtenir des tribunes dans La Croix, mais en vain. La Maison de la Bonne Presse sollicite davantage lorsqu’il s’agit de la préhistoire, l’abbé Théophile Moreux, auteur fixiste et concordiste, plus connaisseur d’astronomie que de préhistoire. Les abbés Bouyssonie optent pour d’autres revues qui ont des tirages beaucoup plus limités dans le monde catholique, comme la Revue du Clergé Français et la Revue Pratique d’Apologétique, lues par l’aile libérale du clergé. Ils donnent à ces revues des « Chroniques de préhistoire » qui font connaître aux lecteurs l’actualité des recherches, relayant les réussites scientifiques et institutionnelles des prêtres, afin d’éveiller parmi les catholiques une certaine fierté. Ils mettent inlassablement en garde les catholiques contre tout repli et toute condamnation hâtive des théories évolutionnistes. Un article publié en 1913 dans la Revue du Clergé Français s’intitule « Mauvaises munitions » déployant la métaphore de la guerre, en disant qu’il « vaut mieux noyer des poudres douteuses que de voir sauter cuirassés et marins » et qu’il faut savoir sacrifier une position, comme le fixisme, quand elle est franchement douteuse, sans esquiver les difficultés.

 

L’abbé Amédée Bouyssonie énonce que « la préhistoire pose au catholique trois problèmes » :

 

> L’unité de l’espèce humaine (comment expliquer l’apparente variété des espèces fossiles au regard de l’origine de l’espèce humaine à partir un couple unique Adam et Eve)

> L’origine animale du corps de l’homme - Adam créé à l’image de Dieu, et Eve tirée du corps d’Adam

> L’âge de l’homme (les chronologies d’usage remontent à 6 ou 7000 ans)

 

L’idée-phare qu’ils mobilisent sans cesse pour répondre à ces problèmes est celle de la discrétion de Dieu. Selon eux, Dieu a tout commencé et n’a rien fini. Il a établi un « plan » et fait jouer les causes secondes comme l’évolution.

 

Comment se saisissent-ils de ces questions à propos de l’Homme de la Chapelle-aux-Saints :

 

> Ils le situent résolument sur la frise du progrès évolutionniste, ils reprennent dans leurs articles les principales données du travail de Marcellin Boule, notamment les comparaisons avec les grands singes, ainsi que les preuves qu’elles fournissent à l’appui de la théorie évolutionniste.

> Ils expriment cependant avec soin leurs réserves quant à une parenté intellectuelle et morale avec les grands singes. Le cerveau a certes pu évoluer, mais il n’est pour eux qu’un réceptacle. L’âme, la pensée, ne peut qu’être le fruit d’une intervention divine directe.

 

Ils reprennent l’idée popularisée, par le dominicain Dalmace Leroy à la fin du XIXe siècle, d’une infusion de l’âme par Dieu sur un substrat animal. Dans un manuscrit intitulé « Bible et préhistoire », Amédée Bouyssonie dit que l’essentiel est de dire que l’homme vient de la terre et retourne à la terre, par le corps. Peu importe selon lui les intermédiaires. Il penche pour une origine animale du corps et s’indigne que l’on méprise l’animal, œuvre de Dieu.

 

> Les abbés confèrent une âme raisonnable et religieuse à l’Homme de la Chapelle-aux-Saints puisqu’ils le pensent sensible à la survivance de l’âme des défunts. La sépulture est attestée (par les archéologues d’aujourd’hui aussi).

> Mais les deux prêtres vont plus loin, selon eux, la grotte n’a pas été « un lieu d’habitation, mais un tombeau, où l’on serait venu faire de nombreux repas funéraires. » La patte de bovidé qu’ils trouvent dans le sédiment au-dessus du corps est interprétée comme une offrande, un viatique. Les autres fragments d’ossements d’animaux associés sont interprétés comme des offrandes alimentaires. Ils défendent l’idée d’un bris rituel d’outils de silex à proximité immédiate du « tombeau ».

 

Les abbés Bouyssonie défendent à partir de ces éléments l’idée d’un monothéisme primitif, d’une Révélation qui aurait été faite par Dieu à l’humanité primitive. Cette idée a été diffusée également par les ethnologues catholiques, comme le Père W. Schmidt, directeur de la revue Anthropos. Selon eux, la religiosité est le premier des critères qui permettent de reconnaître l’humain.

 

Revenons sur l’aspect important de la double fidélité des abbés Bouyssonie. Celle-ci peut faire écho à d’autres expériences vécues dans le monde catholique – citons celle des prêtres-ouvriers. Charles Suaud et Nathalie Viet-Depaule utilisent d’ailleurs également cette notion de double fidélité. Les abbés Bouyssonie ont poursuivi durant leur vie un projet assez proche de ceux des prêtres-ouvriers : celui de réduire une distance jugée préoccupante entre leur Église et le monde moderne par une participation à des milieux socio-professionnels, celui des ouvriers, ou celui des scientifiques, considérés par les contemporains comme en retrait par rapport à la religion. Les deux pôles qui constituent leurs assises intellectuelles ne s’ignorent aucunement l’une l’autre. Ils spiritualisent la préhistoire tout en endossant le rôle de pourvoyeur de science dans leur communauté religieuse. Leur foi s’en trouve interrogée, reconsidérée. Ils évaluent sans cesse leur capacité d’action en faisant la balance entre ce qu’ils peuvent dire et ce qu’ils ne peuvent pas encore dire. Les fruits de leurs appels ne sont pas toujours immédiatement récompensés et nous lisons au détour des correspondances qu’un certain découragement les guette parfois. Les Bouyssonie renoncent notamment au projet d’écrire un manuel de préhistoire alors que plusieurs maisons d’éditions le leur proposent. Le passage de relais est assuré dans les années 1940 avec le Père Bergounioux et l’abbé Glory qui publient un manuel de préhistoire évolutionniste avec Imprimatur en 1944. La bataille au sein des milieux catholiques français pour la préhistoire est gagnée à ce moment-là (mot « bataille » qui est cher à Amédée Bouyssonie, auteur d’un livre intitulé Batailles d’idées en 1924.)

 

Je tiens à remercier Jean-Paul Delbos, pour l’organisation de cette conférence, l’École Bossuet pour m’avoir offert l’accès aux archives des abbés Bouyssonie, et enfin Thierry Bismuth, qui a été présent lors du premier contact noué avec l’établissement.

 

(Texte de la conférence, validé par la conférencière)

« Foi catholique et préhistoire, la double fidélité des abbés Bouyssonie »

Par Fanny Defrance-Jublot, doctorante en histoire à l’Ecole pratique des hautes études, Paris

« CONFERENCE A DEUX VOIX » vendredi 10 octobre 2008

« L’origine de l’homme, une question toujours débattue
entre scientifiques et théologiens »

Par le Père Jacques Arnould,

dominicain, chargé de mission au Centre national d’Etudes spatiales (CNES) à Paris

« CONFERENCE A DEUX VOIX » vendredi 10 octobre 2008

Pour commencer, je voudrais faire mémoire d’une rencontre qui remonte à quelques années, dans les bureaux du CNES. Un de mes éminents collègues – il est Académicien – vient me voir et me donne à lire le manuscrit de son dernier livre : 600 pages d’analyses de la situation actuelle. Un livre noir dans lequel tous les voyants étaient au rouge, avec peu de lueurs d’espoir : le terrorisme croissant, la démographie galopante, les matières énergétiques et naturelles, au contraire, en perte de vitesse, etc. La conclusion, extrêmement courte, 2 pages, commençait par une question : que faut-il faire (face à la situation décrite) ? Réponse encore plus brève : il n’y a rien à faire, parce que nous sommes devant ce que les mathématiciens appellent une « singularité », c’est-à-dire « ça va aller on ne sait où » (sans doute vers le pire, donc il n’y a rien à faire).

 

J’avais sous les yeux un texte que je vous lis : « … il est beau que l’animal qui sait qu’il doit mourir, arrache à l’ironie des nébuleuses le chant des constellations et qu’il le lance au hasard des siècles, auxquels il imposera des paroles inconnues. Dans le soir où dessine encore Rembrandt, toutes les Ombres illustres, et celles des dessinateurs des cavernes, suivent du regard la main hésitante qui prépare leur nouvelle survie ou leur nouveau sommeil… Et cette main dont les millénaires accompagnent le tremblement dans le crépuscule, tremble d’une des formes secrètes, et les plus hautes, de la force et de l’honneur d’être homme ».

 

Ce sont les dernières lignes des Voix du silence d’André Malraux... J’ai alors répondu à mon collègue : « je vais vous passer Malraux et ensuite on discutera » Et en effet on a continué à en discuter… Je veux dire par là que la question de l’origine l’homme, de cette « main hésitante », de ces « millénaires qui nous précèdent », c’est dans tout cela que nous pouvons imaginer aujourd’hui une nouvelle survie ou un nouveau sommeil.

 

Depuis la découverte de l’homme de La Chapelle-aux-Saints il y a un siècle, il s’est passé beaucoup de choses, à la fois dans la science préhistorique, dans la science en général, mais aussi et heureusement dans le monde de la théologie. Voyons comment se pose aujourd’hui la question de l’origine de l’homme, une question qui se pose aux scientifiques, bien sûr, aux philosophes, aux théologiens qui l’abordent avec une certaine prudence. Ils ont l’exemple de leurs prédécesseurs : Teilhard de Chardin qui a été « invité » à aller en Chine ; d’autres encore ont été relégués dans l’oubli, tel le Père dominicain Leroy.

 

Aujourd’hui, quelle est la problématique : en fait la question de l’origine de l’homme est souvent posée de manière négative. Il faut savoir par exemple que dans certains établissements scolaires, il n’est pas toujours facile de parler des origines de l’homme. La préhistoire, ça passe peut-être encore ; le Neandertal quant à lui passe pour un personnage douteux ; il ne fait pas partie de la famille… Si l’on veut remonter plus loin en arrière et parler des origines communes avec l’animal, on est mal perçu. On connaît le cas d’élèves qui, après avoir répondu correctement aux questions posées par le professeur de SVT au sujet de l’histoire de l’homme, ou de la théorie de Darwin, ajoutent à la fin de leur copie : j’ai répondu aux questions que vous m’avez posées de la manière que vous m’avez apprise, mais je n’y crois pas, pour des raisons religieuses. C’est cela l’actualité, pas seulement aux Etats-Unis, mais aussi en France dans certaines communautés religieuses ; c’est le cas aussi en Europe où la question du créationnisme se pose d’une manière éminente. Dans un mois à Paris, aura lieu un colloque sur le thème Education et évolution : comment enseigner aujourd’hui aux élèves l’évolution et les questions qui tournent autour de l’origine de l’homme.

Que dit l’Eglise à ce propos ? Elle est assez discrète, mais il y a des propos qui sont très nets et que nous devons rappeler pour nous sentir à l’aise avec cette question, avec notre identité chrétienne, notre identité catholique. Il y a un point est essentiel dans ce domaine : autant dans les années 50 les choses n’allaient pas de soi, autant après Vatican II, de l’air frais est entré dans les sacristies. Il y a en particulier un moment important, c’est le discours de Jean-Paul II devant l’Académie pontificale des sciences en 1996.

 

… En 1996 donc Jean-Paul II choisit de faire son discours sur la théorie de l’évolution à l’occasion du 60ème anniversaire de l’Académie pontificale. Pour le pape, la question était suffisamment importante pour qu’il la prenne pour thème devant des académiciens, essentiellement des scientifiques du monde entier, de toutes les disciplines. Il définit ce qui est essentiel pour comprendre la question de l’origine de l’homme et plus généralement pour savoir comment se positionner par rapport aux sciences. Il invite les catholiques et peut-être aussi les chrétiens à admettre qu’il est temps de ne plus mettre en doute les faits de l’évolution mais de les accepter…


> Point 1 : Acceptons le fait de l’évolution, à savoir que le monde n’a pas toujours été comme aujourd’hui. 
> Point 2 : de ces faits, les scientifiques tirent des théories qu’il faut prendre au sérieux, tout en étant critiques comme le sont les scientifiques à l’égard des théories. … Il est bon tout de même d’entendre un pape dire que l’on fait confiance à la communauté scientifique pour être capable, pour commencer, de s’autocritiquer et ainsi essayer d’avancer. 
> Point 3 : Et l’homme ? Question centrale pour Jean-Paul II. Interrogeons-nous, dit-il, nous chrétiens, scientifiques, théologiens, et demandons-nous : la science peut-elle dire le tout de l’homme, comme d’ailleurs le tout de la réalité ? La réponse est : non ! Ce n’est pas seulement Jean-Paul II, pape de l’Eglise catholique, qui le dit ; les philosophes des sciences le disent, les scientifiques eux-mêmes le disent et parmi eux l’un des plus grands, Stephen Hawkins, astro-physicien et mathématicien anglais. Stephen Hawkins a publié à la fin des années 80 une brève Histoire du temps. A la dernière page de son livre il explique qu’un jour la science va pouvoir élaborer la théorie du tout dans une équation qui résumera l’ensemble de la réalité. Et il termine ainsi : nous connaîtrons alors la pensée de Dieu ! On peut se reconnaître dans cette affirmation ; beaucoup s’y reconnaissent, qui disent : la science nous dira le tout.

 

Vingt ans plus tard, Stephen Hawkins admet : je me suis trompé, la science ne pourra jamais dire tout du tout …

C’est ce que dit Jean-Paul II : que la science ne se considère pas comme capable de dire le tout, car il y a chez l’homme un « saut ontologique », un pas qui ne peut pas être franchi ni historiquement : en effet à partir de quel moment il y a un homme et, avec l’homme, cette âme qui vient dans un matière qui ,elle, est d’origine animale ; ni scientifiquement car si la science nous en apprend de plus en plus sur l’être que nous sommes, mais quand on prétendra dire ce qu’est l’homme il faudra savoir que ce sera toujours au-delà de ce que la science nous montre.

 

L’homme dépasse toujours ce que nous pouvons prétendre connaître de l’homme, et même toute connaissance, y compris expérimentale. … C’est là que ce type de discours est très libérateur et il permet aussi d’introduire la théologie qui ne doit pas se contenter de répéter un discours bien estampillé. Le propos théologique est un propos de recherche. On ne cesse de fouiller en théologie, et les théologiens sont des chercheurs, des fouilleurs, des élaborateurs de nouvelles idées. A propos, par exemple, d’une formule comme « Dieu créa l’homme à son image » il faut encore et toujours travailler : qu’est-ce que cela signifie, allons voir en théologie, en philosophie, allons voir aussi peut-être en science.

 

Ce qui me semble important c’est ceci : quelle image de l’homme se dégage de tout cela. Ce qui me paraît majeur, c’est l’homme en tant qu’être de choix : pourquoi choisir d’enterrer ses morts ? Et là-dessus il y a un lieu de rencontre possible entre des hommes et des femmes d’horizons différents.

A titre d’exemple, je citerai les derniers mots du livre du Prix Nobel de médecine, Jacques Monod, Le Hasard et la Nécessité : « l’homme sait enfin qu’il est seul dans l’immensité indifférente de l’Univers d’où il a émergé par hasard. Non plus que son destin, son devoir n’est écrit nulle part. A lui de choisir entre le Royaume et les ténèbres. » D’une certaine manière, Jacques Monot –qui n’est pas un Père de l’Eglise !- aurait fait partie, avec beaucoup d’autres, plus ou moins connus, de ces chercheurs de lumière dans les grottes obscures. C’est à l’homme de faire ce travail.

 

Pourquoi l’homme de La Chapelle-aux-Saints est-il si peu connu du grand public ? On a parlé à ce sujet de prudence, de discrétion des abbés Bouyssonie. Discrétion, prudence c’est ne pas se mettre en avant, c’est parfois le secret, c’est aussi la capacité de discerner, qualité que l’on trouve chez les deux frères, qualité que les scientifiques doivent utiliser à tout bout de champ, qualité qui convient aussi dans nos propres manières de nous conduire dans l’existence. Certes, il importe de fêter la découverte ; on célèbrera bientôt le cinquantenaire de la mort d’Amédée Bouyssonie et l’an prochain encore il y aura beaucoup d’anniversaires autour de Charles Darwin ; on va parler de ce qui s’est passé.

 

Ma question, celle que j’ai posée aux évolutionnistes, est celle-ci : qu’est-ce qu’il serait important de voir arriver dans les 100 ans à venir dans le domaine de la préhistoire, de l’évolution biologique ? Une chose qui viendrait révolutionner ce que nous savons sur l’origine de l’homme, sur l’histoire, la préhistoire de la vie, une révolution qui permettrait d’en savoir plus.

 

Quand ces révolutions vont arriver, elles vont ébranler un certain nombre de convictions scientifiques, sans doute aussi de convictions théologiques, mais je suis persuadé que ce sera toujours, pour user de la devise de mes confrères jésuites « pour la plus grande gloire de Dieu ».

 

(Texte – non revu par le conférencier – rédigé à partir de l’enregistrement réalisé sur place)

 

Pour en savoir plus  :

Le Père Jacques Arnould a publié une œuvre abondante sur les grands thèmes abordés dans sa conférence. 
 Les Créationnistes, Cerf, 1996 
 Darwin, Teilhard de Chardin et Cie, DDB, 1996 
 La Théologie après Darwin, Cerf, 1998 
 Dieu, le singe et le big bang, Cerf, 2000 
 Pierre Teilhard de Chardin, Perrin, 2005 
 Dieu versus Darwin. Les créationnistes vont-ils triompher de la science ? Albin Michel, 2007 
 Caïn a-t-il rencontré Neandertal ? Dieu et la science sans complexe, Cerf, 2008

Hommage aux chercheurs de lumière

Article paru dans la revue « Enseignement catholique actualités » (n°328 décembre 2008 - janvier 2009)

 

L’ensemble scolaire Edmond Michelet, à Brive-la-Gaillarde, a célébré cette année le centenaire de la mise au jour d’un homme de Néandertal par les abbés Bouyssonie, anciens enseignants de l’établissement. Un hommage qui a fédéré toute la communauté éducative autour de la question des origines et du sens de la transmission.

Le 3 août 1908, les abbés Jean et Amédée Bouyssonie, deux jeunes enseignants férus de paléontologie, mettent au jour le squelette du premier Néandertalien découvert en France. C’est l’homme de La Chapelle-aux-Saints, commune située à 25 kilomètres au sud-est de Brive-la-Gaillarde (Corrèze) et de leur école : Bossuet. L’établissement a grandi depuis, jusqu’ à devenir l’ensemble scolaire Edmond-Michelet. En octobre 2008, sa communauté éducative s’est associée à la célébration du centenaire de cette trouvaille. L’occasion de s’interroger sur cette espèce de préhumain qui a disparu au profit des sapiens, nos ancêtres directs. L’occasion aussi de rendre hommage aux abbés Bouyssonie, dont la passion de la préhistoire a marqué des générations d’anciens élèves, jusque dans les années 1960. Pour réaffirmer « l’actualité de la posture éducative des abbés, nourrie d’humanité et de curiosité intellectuelle », François David, le directeur d’Edmond Michelet, a placé le week-end d’intégration de rentrée, sous le sceau des découvreurs.

 

Témoignages dans les classes sur la vie des abbés et l’état des recherches préhistoriques, projection du film Centenaire à La Chapelle-aux-Saints, inauguration d’une plaque commémorative : du 10 au 12 octobre dernier, les « chercheurs de lumière dans les grottes obscures » ont été mis à l’honneur. Une conférence de la préhistorienne Fanny Defrance et du frère Jacques Arnould a aussi recontextualisé leur découverte dans l’histoire des sciences et des idées. En pleine crise du modernisme, alors que la majorité de l’Église continuait à vouloir justifier scientifiquement la Bible et à rejeter le darwinisme, ce squelette retrouvé inhumé a fait scandale. Il venait confirmer que plusieurs espèces d’hommes primitifs ont cohabité et auraient même pu croire en une forme de monothéisme archaïque.

Dans la tempête, aux côtés d’autres « ennemis de l’intérieur », comme l’abbé Breuil, les frères Bouyssonie ont su garder « une double fidélité » à leur foi et aux sciences. Une réconciliation dont Jacques Arnould a brillamment exposé les enjeux, toujours actuels face à l’offensive des néo-créationnistes.

Prochains épisodes

S’interroger sur les origines de l’homme, vivre la science et la philosophie comme une passion, comprendre que théorie de l’évolution et Genèse sont compatibles... 
Nombreux sont les fruits récoltés par les élèves durant cette plongée dans l’héritage culturel de leur établissement. En particulier ceux de seconde, qui ont passé leur journée de cohésion sur le site archéologique et dans son musée, à faire du feu, tailler des silex et imaginer leur rencontre avec l’homme de La Chapelle-aux-Saints. Nul doute que certains seront captivés par les prochains épisodes de l’énigme de nos origines. Car le célèbre fossile humain de 50 000 ans d’âge est loin d’avoir livré tous ses secrets...

Virginie Leray

 

BOUYSSONIE 2008

Un piochon dans une main, une Bible dans l’autre

mercredi 3 septembre 2008 par Jean-Paul Delbos, Président de l’association des Anciens

 

A l’occasion des célébrations du centenaire de la retentissante découverte des abbés Amédée et Jean Bouyssonie, aidés de leur frère Paul, à la Chapelle-aux-Saints, le musée de l’Homme de Paris a accordé une permission de courte durée au squelette de Néandertal exhumé de la « bouffia bonneval » le 3 août 1908.

L’homme préhistorique est de retour sur les lieux de ses chasses et de ses pêches. Il dormirait encore dans son abri sous roche si des abbés intrépides, piochon dans une main et Bible dans l’autre (double fidélité à l’Église et à la science) ne l’avaient tiré de son sommeil multimillénaire. Ces dévoués professeurs Bouyssonie ont raconté « leur trouvaille » des centaines de fois à des générations d’élèves du Petit séminaire de Labenche à Brive, de Bossuet-Lacabanne et de Bossuet-Brive.

L’association des anciens de Bossuet (et de Notre-Dame/ Jeanne-d’Arc), dépositaire de cette mémoire, a décidé de publier une plaquette illustrée de 80 pages entièrement consacrée aux abbés Bouyssonie, sans oublier l’abbé Bardon. Elle est composée de notes biographiques abondantes, de témoignages multiples et de contributions de caractère historique, scientifique et philosophique. Destinée initialement aux anciens de Bossuet, tous cordialement invités aux festivités, elle a pu être imprimée assez tôt pour que le public intéressé par le centenaire puisse se la procurer sur le site lui-même pendant toute la durée des festivités.

 

 

 

Le 3 août 2008 : CENTENAIRE de la découverte de l’homme de La Chapelle-aux-Saints par les abbés Bouyssonie.

 

La presse locale a rendu compte, en détail, de l’événement et des manifestations organisées, sur place à La Chapelle-aux-Saints, par la commission CASAP (La Chapelle-aux-Saints, Culture et Patrimoine), avec laquelle l’Ensemble Edmond Michelet a passé un accord de partenariat. A la différence des cérémonies du 50naire, en 1958, qui étaient un hommage très solennel aux découvreurs, Jean, Amédée et Paul Bouyssonie, tous trois présents, le centenaire a mis l’accent sur le Néandertalien de La Chapelle-aux-Saints (conférence du Professeur Jean-Louis Heim) et sur les origines de l’espèce humaine (conférence du Professeur Yves Coppens).

La stèle dévoilée pour la circonstance est cependant dédiée « à la science » et... « aux découvreurs ». Notre association, représentée par son président Jean-Paul Delbos, en compagnie de François David, chef d’établissement de l’Ensemble scolaire Edmond Michelet, et de nombreux anciens de Bossuet, était justement présente pour mettre un nom sur le mot « découvreurs ». Elle l’a fait en collaborant avec l’association organisatrice CASAP, présidée par M. Hironde, et en présentant sa plaquette commémorative « Chercheurs de lumière dans les grottes obscures », qui sera en vente à La Chapelle-aux-Saints pendant toute la période des festivités du centenaire.

 

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Un homme du Neandertal

Article de Jacques Labrousse, chevalier de la Légion d’honneur, ancien président et président d’honneur de l’association des Anciens de Bossuet, paru dans « La cohorte*» (novembre 2008)

 

Aux mois d’août et de septembre 2008, en présence de très hautes personnalités du monde scientifique, ont eu lieu en Corrèze, plus précisément à la Chapelle aux Saints, près de Beaulieu sur Dordogne, et à Brive d’importantes cérémonies en l’honneur de deux anciens légionnaires : Monseigneur Amédée Bouyssonie, (1867-1958), Prélat d’honneur et chevalier de la Légion d’honneur et son frère le Chanoine Jean Bouyssonie, (1877-1965), officier de la Légion d’honneur.

Ces deux ecclésiastiques ont été d’éminents préhistoriens de réputation internationale et, ont le 3 août 1908, découvert dans une grotte dite « bouffia » sur la commune de la Chapelle aux Saints, un squelette appartenant à la lignée des hommes de Néandertal qui ont vécu en Europe entre 100 000 et 35 000 ans avant notre ère. L’intérêt de cette découverte provient du fait que ce squelette était à peu près complet, assez bien conservé et surtout que les objets disposés autour de lui, vertèbres d’animal, pointes de silex, indiquaient qu’il devait s’agir d’une sépulture intentionnelle. Et l’on peut déduire de cette découverte qu’en ces temps très lointains, nos ancêtres pratiquaient sinon un culte des morts, du moins des rites d’enterrement.

En 1958, d’importantes manifestations avaient eu lieu, sous la présidence du ministre Edmond Michelet, pour célébrer le cinquantième anniversaire de cette découverte en présence de très nombreux savants et techniciens de la préhistoire.

À côté de leur carrière de préhistoriens, les deux frères ont pendant près de 50 ans poursuivit une carrière de professeur à l’École Bossuet de Brive, Monseigneur Amédée enseignant la philosophie, et le Chanoine Jean, les sciences physiques. De plus Monseigneur Bouyssonie a été l’aumônier d’un groupe de réflexions « le Cercle Duguet » que le ministre Edmond Michelet avait créé, avant la guerre de 1939, à Brive pour attirer l’attention des élites locales sur les dangers du totalitarisme qui sur le plan politique se développait en Europe.

Bien entendu la section de la SEMLH en Corrèze, va s’associer aux diverses manifestations prévues et fera poser sur la tombe des deux frères, au cimetière de Brive - Thiers une plaque rappelant leurs mérites.

 

La cohorte est la revue de la société d’entraide des membres de la Légion d’Honneur.

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